Consommantion plastique : enjeux et défis de revalorisation

La consommation de plastique en France : évolution, enjeux et défis de revalorisation (2021-2026)

Par Olivier Boulay, Président fondateur de VertO

La France, comme l’ensemble de l’Europe, fait face à un défi majeur : réduire sa dépendance au plastique tout en gérant l’augmentation des rebuts plastiques industriels. Entre réglementations européennes, prise de conscience écologique et innovations industrielles, le paysage de la consommation et du recyclage du plastique a profondément évolué ces cinq dernières années. Cet article propose une analyse en trois parties : l’évolution de la consommation de plastique en France, l’impact sur les quantités de rebuts à revaloriser, et les perspectives pour les années à venir.

1. Évolution de la consommation de plastique en France (2021-2026)

Une baisse progressive, mais encore insuffisante

Depuis 2021, la France a enregistré une légère diminution de sa consommation de plastique, principalement sous l’effet de la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) et des directives européennes. Selon les dernières données de l’ADEME, la consommation annuelle de plastique en France est passée d’environ 4,8 millions de tonnes en 2021 à 4,5 millions de tonnes en 2024, soit une baisse de 6% sur trois ans. Cette tendance s’explique par l’interdiction progressive des plastiques à usage unique (pailles, couverts, emballages alimentaires, etc.) et par une meilleure sensibilisation des consommateurs.

Cependant, certains secteurs, comme l’emballage industriel et le bâtiment, restent de gros consommateurs de plastique, limitant l’ampleur de cette baisse. En 2025, les premières estimations indiquent une stabilisation autour de 4,4 millions de tonnes, avec une reprise de la consommation dans certains secteurs économiques en croissance.

Les emballages, toujours en tête

Les emballages représentent encore près de 50% de la consommation totale de plastique en France. Malgré les efforts de réduction, leur volume reste élevé en raison de la demande croissante en livraison à domicile et en produits conditionnés. La filière a cependant connu une accélération de l’utilisation de plastiques recyclés, passant de 25% en 2021 à 35% en 2024, grâce aux obligations légales et aux incitations fiscales.

2. Impact sur les quantités de rebuts plastiques industriels à revaloriser

Une hausse des rebuts à traiter

  • Paradoxalement, la baisse de la consommation de plastique ne s’est pas traduite par une diminution des rebuts plastiques industriels. Au contraire, leur volume a augmenté de 12% entre 2021 et 2024. La quantité de rebuts plastiques industriels en France suit l’évolution de la production, avec une tendance à la baisse en 2022, une reprise en 2023, et une amélioration du recyclage en 2024.
  • Les données précises sur les rebuts post-production ne sont pas toujours publiées séparément, mais leur gestion s’améliore grâce aux nouvelles réglementations et à l’économie circulaire.

 

Cette hausse s’explique par plusieurs facteurs :

  • L’allongement de la durée de vie des produits : les plastiques durables (meubles, équipements électroniques, pièces automobiles) mettent plus de temps à être recyclés.
  • L’augmentation des collectes : les filières de tri et de collecte se sont améliorées, captant davantage de déchets plastiques.
  • Les rebuts de production : les industries plasturgiques génèrent des chutes et des rebuts en hausse, notamment avec le développement de nouveaux matériaux biosourcés ou recyclés, plus complexes à transformer.

 

Des capacités de revalorisation sous tension

Face à cette augmentation, les capacités de revalorisation peinent à suivre. En 2024, seulement 65% des rebuts plastiques industriels sont recyclés ou valorisés énergétiquement, contre 58% en 2021. Le reste est soit stocké, soit incinéré sans récupération d’énergie. Les centres de tri et les usines de recyclage chimique, encore peu nombreux en France, sont saturés. Les investissements dans de nouvelles infrastructures se heurtent à des délais administratifs longs et à un manque de rentabilité à court terme.

3. Prévisions et perspectives pour les années à venir

Vers une économie circulaire du plastique ?

Les prévisions pour 2026-2030 tablent sur une poursuite de la baisse de la consommation de plastique, avec un objectif de 4 millions de tonnes par an d’ici 2030. Cette réduction devrait être portée par :

  • L’extension des interdictions : la loi AGEC prévoit l’élimination de nouveaux produits en plastique à usage unique d’ici 2026.
  • Le développement des alternatives : emballages consignés, matériaux biosourcés, réemploi.
  • La généralisation du tri : l’obligation de trier tous les emballages plastiques, y compris dans les entreprises, devrait améliorer les taux de collecte.

 

Le défi de la revalorisation

Pour absorber l’augmentation des rebuts, la France mise sur :

  • Le recyclage chimique : plusieurs projets pilotes sont en cours pour transformer les plastiques complexes en matières premières secondaires.
  • L’exportation contrôlée : une partie des rebuts est exportée vers des pays disposant de capacités de recyclage supérieures, sous strict contrôle environnemental.
  • L’écoconception : les industriels sont incités à concevoir des produits plus faciles à recycler, réduisant ainsi les rebuts non valorisables.

 

Cependant, le risque de saturation persiste, notamment si les investissements dans les infrastructures de recyclage ne suivent pas la croissance des volumes à traiter.

Conclusion

La France a engagé une transition nécessaire vers une économie moins dépendante du plastique, mais le chemin est encore long. La baisse de la consommation, bien que réelle, se heurte à la persistance de certains usages et à l’augmentation des rebuts industriels. Les prochaines années seront décisives pour concrétiser les objectifs de revalorisation et éviter une crise des déchets plastiques. La réussite de cette transition dépendra de la capacité des acteurs publics et privés à innover, à investir et à coopérer, afin de transformer le plastique d’un déchet en une ressource circulaire.

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